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PATRON DE CHOC
Michel Fustier

(Un chef d'entreprise autoritaire et dynamique a convoqué son personnel d'encadrement pour procéder à une reprise en main ... L'interprète s'adresse au public comme s'il s'agissait de l'auditoire auquel s'adresse son personnage. Il l'interpelle, et chaque fois qu'il mentionne un nom, il le situe clairement dans la salle... Peu de chefs d'entreprise osent dire ce que dit celui-là, mais d'autres ne sont pas loin de le penser)


1 - Fermez la porte! Eh bien! je vous le dis, fermez la porte! ... Puisque certains de mes collaborateurs n'ont pas jugé bon d'être exacts, je me passerai d'eux ... Je croyais cependant pouvoir espérer dans cette société, à défaut de compétence, du moins de la politesse. Dorénavant, vous y veillerez n'est-ce pas, monsieur le Chef du Personnel? Il est là au moins? ...Ah bon! Je vous ai à l'œil. Mettez-vous là devant, que je vous voie mieux. La politesse ... A l'embauche, vous me ferez faire des tests de politesse. Je suis poli, moi. Qu'on me le rende! ... Merde, alors! J'en aurais long à dire ...
2 - Enfin, passons! Voilà! Je vous ai convoqués pour vous faire une petite causerie au coin du feu. Il n'y a pas de feu, mais c'est la même chose, et de toute façon ça va chauffer! J'ai fait débarrasser l'atelier d'emballage, et même si vous n'avez pas tous des chaises, vous ferez semblant de ne pas vous en apercevoir. ... A propos, monsieur Chauvet, vous me remettrez tout ça en ordre après le bla-bla, que ça tourne lundi matin. On n'a pas de temps à perdre! Je vous désignerai des volontaires ... Bon! La mode est à la communication. Je ne suis pas contrariant, moi, je fais comme on me dit. Oh là, là! toujours, moi: je fais comme on me dit! Et puisque vous voulez de la communication, je vais vous en donner. Savoir si vous en voudrez encore après ça, de la communication!
3 - Qu'est-ce que c'est?... Ah! vous voilà, les trous du cul! Je ne sais pas si vous savez que vous êtes en retard ... Vous me ferez aussi faire des tests d'exactitude, monsieur le chef du Personnel. J'ai pas failli attendre, j'ai eu attendu! Tant pis pour vous, vous vous débrouillerez: mettez-vous là où il y a de la place... Ça pue près des chiottes? Ça vous fera les pieds. Où est-ce que j'en étais? Ah oui! la communication ... Y me font marrer. Ouvrez-les toutes grandes: pas vos gueules, vos oreilles.
4 - Article premier: j'ai raison ... ! Sans ça je ne serais pas le chef. Article deux: vous avez tort. Car si vous n'aviez pas tort, vous auriez raison et si vous aviez raison, vous seriez le chef! Est-ce que je n'ai pas raison? Vous avez tort: puisque c'est moi le chef. Article trois... l'article un et l'article deux, c'est tout ce que vous avez besoin de savoir.
5 - Alors, quand j'en entends certains parmi vous... quand je dis que je les entends, ça n'est pas vrai, ils n'oseraient pas me le dire en face! mais quand je "sais" que certains parmi vous osent murmurer que le Tyroflex 114 n'a plus d'avenir et qu'il faudrait sortir un nouveau produit sur le marché, vite fait bien fait, sans ça tout est foutu! ... Comment je le sais? Je le sais, c'est tout: l'œil du maître. Je vous vois, même quand je ne suis pas là. Je vous vois et je vous entends. Mettez-vous bien ça dans la tête: je vois tout, je sais tout ...
6 - (changeant de ton) Ah! Monsieur Barnard du Futé...! .Je me demande si vous vous rendez compte de ce que ça nous apporte d'avoir un polytechnicien dans la maison. Ça coûte mais ça paie! Je vous ai fait faire un beau bureau. Hein, monsieur Barnard du Futé? ... Surtout avec une particule: ça vous redore le blason! Comment allez-vous, monsieur Barnard du Futé? Bien, je suis content. Et votre dame? C'est parfait. Et le petit? Est-ce qu'il travaille bien à l'école? Tant mieux, tant mieux. Soignez-le bien. Au revoir, monsieur Barnard du Futé! ... Il ne faut pas être fier avec le personnel.
7 - Je reprends le fil de notre conversation. Le Tyroflex 114, c'est moi qui l'ai inventé. Les plans, le bureau d'études, les outillages, les essais, la qualité, tout : c'est moi. Ah! Il n'y avait pas de marketing dans ce temps-là. La production et le montage, c'est moi aussi. Et ça se vendait. Et ça se vend. Qu'est-ce que vous voulez de mieux? Ça a été bon, je ne vois pas pourquoi ça ne le serait plus. Alors Avisse! En particulier à Messieurs Fondant et Grosminou. Le premier que je prends à répandre sa bave, je me le tape entre quatre zieux. Ah! la communication: il suffit d'être clair. Je ne sais pas si vous me comprenez, mais moi je me comprends: c'est toujours ça ... ! Je vois tout, je sais tout, je peux tout. Heureusement que je ne suis pas une peau de vache!
8 – Ça non, je ne suis pas une peau de vache, et la preuve ... Vous voulez que je vous la donne, la preuve? Eh bien! Ecoutez bien ce qui va venir. Parce que je ne vous ai pas réunis pour rien. Tout ça, c'étaient des amusettes. Le plat de résistance, J'y viens. A partir de là, ça devient sérieux... Remarquez que je ne m'attendais pas à des remerciements. Mais enfin je peux m'étonner: il a fallu que ce soit monsieur Suavis qui vienne me trouver. Vous n'avez pas été assez gonflés! Monsieur Suavis! On ne se méfiera jamais assez des ingénieurs-conseils. Monsieur Suavis, à qui j'avais confié l'étude du problème des pièces détachées! Et voilà que je le vois arriver un jour dans mon bureau. "Et alors, ces pièces détachées, ça trotte... ?" Il prend un air embarrassé: "Ca trotterait mieux si ... " - "Holà, merde, dis, qu'est-ce qu'il y a encore... ?" C'est un brave homme, monsieur Suavis. Modeste, pour un ingénieur-conseil! Je l'estime beaucoup: vous avez de la chance. Pas fier. On a passé notre certificat ensemble. Pas déformé par les études. Psychologue avec ça! Jusque-là, il ne m'avait jamais dit quelque chose qui m'ait fâché. Mais cette fois, cette fois, il ne savait pas par quel bout attraper le problème. Qu'est-ce qu'il va chercher: "Si mes pièces ne trottent pas, elles ne trottent pas, il n'y a qu'à le dire." - "C'est pas tes pièces". qu'il me dit. "C'est pas tes pièces? C'est tes bonshommes." - "Mes bonshommes? Qu'est-ce qu'ils ont, mes bonshommes?" Bon Dieu de merde! je le paie pour s'occuper de mes pièces et voilà qu'il me parle de mes bonshommes. Mais moi, j'écoute toujours ce qu'on me dit, vous le savez bien, c'est la seule façon de faire du renseignement. "Alors, mes bonshommes ... ?" - "Tu comprends, tes pièces, elles ne marchent pas toutes seules, il faut bien que quelqu'un les pousse." - "Toi, je sens que tu as une omelette de moules sur l'estomac. Accouche!"
9 - Et le voilà qui se met à me raconter une histoire incroyable! Ah! Vous vous servez de mon petit copain pour me porter vos réclamations! "Qui c'est?" - "Je t'assure que ça n'est personne en particulier." - "Alors, c'est tout le monde en général?" - "Non, ce n'est pas tout le monde en général: il y en a qui ne parlent jamais. Mais c'est un bon nombre ... "- "Ils ne pouvaient pas venir me trouver? La porte de mon bureau est toujours ouverte, tu m'entends? (avec un air terrible) La porte de mon bureau est toujours ouverte." - "Ouais, il me répond, mais quand on la pousse, une fois sur deux ça vous pète au nez." Eh bien: il a raison. Que voulez-vous, je suis comme ça, moi, j'explose. "Et on n'a pas tellement envie de recevoir des éclaboussures." Encore une fois, il a raison. Là aussi, je devrais me retenir. Vous voyez que je suis capable de me remettre en cause. "Oui, alors tu dis qu'il y en a bien la moitié ... " - "Disons les deux tiers qui ont quelque chose à me dire. Putain! qu'ils le disent!"
9 - Alors il paraît ... Voilà, j'en viens au fait ... que vous ne vous sentez pas bien dans votre peau, que vous avez des états d'âme, que vous n'êtes pas contents de moi, que vous avez mal à votre patron! Ah ça! il ne me l'a pas envoyé dire, monsieur Suavis, même sans avoir l'air d'y toucher. .. ! Et je prophétise par ici, et je mesquignole par là ... Je ne m'occupe trop des petites choses et pas assez des grandes. J'emmerde les gars pour des détails. Je suis trop souvent là où il ne faudrait pas que je sois, et là où on me cherche on ne me trouve pas... à ce qu'il paraît! Et je ne respecte pas l'organigramme ... comme si ce n'était pas moi qui l'avais fait, l'organigramme: je ne vois pas comment je pourrais ne pas le respecter. Et il y a des choses que je ne veux pas savoir, et des choses que, quand je me les suis mises là, il n'y a pas moyen de les déloger. Quoi encore? ah oui! Je gueule: comme si je pouvais faire autrement! J'ai toujours mon chapeau sur la tête: et les courants d'air ... ? Je ne délègue pas: mon œil! je vous ai à tous délégué depuis longtemps la mission de m'obéir. Je suis autoritaire... J'en connais des patrons autoritaires, moi, et je vous jure que c'est autre chose. Et cetera, et cetera ...
10 - Alors, vous comprenez, tout ça, même vaseliné, ça ne fait pas plaisir. Ça passe mal, là où vous pensez. Moi, je l'ai laissé parler, monsieur Suavis. Je vous l'ai dit tout à l'heure J'aurais été bien con de ne pas écouter! Ca n'est pas que je ne m'en doutais pas, mais j'avais encore des choses à apprendre. Je n'ai pas ouvert la bouche. Ah! Je gueule! Eh bien, pas toujours. Il y a des moments où je la boucle. Intéressant, intéressant! Et même il paraît qu'il y a tellement de gens dont je suis mécontent que peut-être la cause, ce serait pas eux, mais moi. S'il n'y en avait que deux ou trois, ce serait leur faute: mais quinze ou vingt, c'est la mienne. Et pan. Ça simplifie tout: pas besoin de changer quinze ou vingt gars, mais simplement le patron. On change le patron, et tout de suite ça fait quinze ou vingt gars dont personne n'est mécontent, quinze ou vingt gars du tonnerre. Ah là! ça m'a fait réfléchir, vous pouvez bien le deviner. Je fous le camp, et ça marche comme sur des roulettes. Même pas besoin de me remplacer. Si par hasard mon successeur allait être seulement mécontent de deux ou trois! Non, s'il n'y a pas de patron, ça marche. J'ai qu'à me retirer, et tout le monde est fantastique.
11 - Ah! Les ingénieurs-conseils! Remarquez bien qu'il ne me l'a pas dit en face, mais c'était tellement évident. "Deux et deux, dis tout de suite que ça fait quatre." - "Non, je te dis seulement que ça fait deux et deux ... " - "Mais deux et deux, ça fait quatre." - "Ca n'est pas moi qui l'ai dit." Sacré hypocrite! Bref, même s'il ne l'a pas dit comme ça : "Tu changes ou tu t'en vas." Moi, toujours maître de moi - je gueule quand je veux.- "M'en aller, c'est clair. Mais changer! Qu'est-ce que c'est, changer? Je ne vois pas bien."
12 - Alors il me l'a expliqué. En détail. Je vais vous faire un résumé... ça vous intéresse aussi... Après le mur des pleurs, le catalogue des revendications! D'abord, plus baiser la Jacqueline. C'est pas histoire de baiser, mais c'est parce qu'elle a une langue de vipère: comme si ça n'était justement pas pour ça... encore une fois le renseignement. Ensuite, plus téléphoner aux clients directement... il parait que je les perds. Vous voyez ça! moi qui les ai tous faits... Ensuite, nommer monsieur Jambon directeur de production. Ça veut dire: n'y fourre plus ton nez. Je vous dis ça tout à trac, comme ça vient. Ensuite dire bonjour aux gars! Je sais pas dire bonjour, il parait! Mais vite fait: bonjour, bonsoir... enfin! Ensuite, ne plus serrer la main du gros Louis. Moi, je l'aime bien: pas de ma faute s'il est délégué. D'ailleurs il faudrait savoir: je sais dire bonjour ou pas, qu'est-ce que vous en pensez, monsieur Barnard du Futé? Ça en fait des choses ... Ensuite, embaucher un ingénieur, oui môssieu, un ingénieur pour les Etudes. Ensuite créer un conseil de direction, pas moins: avec monsieur Jambon, et monsieur Grosminou, et monsieur Pitoulard... je vois ça d'ici. Consultatif, bien sûr, mais tout de même! Bref, j'en passe et de moins bonnes.
13 - Très bien. Ça va. J'ai enregistré. Monsieur Suavis a fait le facteur ... J'oubliais: quitter mon chapeau pendant les réunions du comité d'entreprise... plus important que çà en a l'air. J'ai enregistré. Tout ça, c'est du gâteau. Un bon gros gâteau pour ma pomme, avec quarante-sept bougies d'anniversaire. Et je peux vous dire d'où il sort, le gâteau : la farine, c'est Caillebois; le lait, c'est Jambon; le beurre, c'est Grosminou; le sucre, c'est cet enfoiré de Martin... et on a mis ça a cuire dans le bureau de Troccon un jour que Serpolette n'était pas là. Quant au polytechnicien de service, il plane par-dessus tout ça... Ça va bien, monsieur Barnard du Futé? Parfait. Et votre dame? Elle va bien aussi? Tout est pour le mieux.
14 - Et à partir de ce moment-là, comme dit le professeur Suavis, le problème est posé. Et votre môme?... Eh, connard! Et quand il a été doré à point, le gâteau, on l'a collé dans les bras de Suavis-va-t-en-conseil .qui passait par hasard dans le couloir à la poursuite d'une de ses petites pièces détachées. Vous voulez que je vous donne une solution? Nous sommes ici pour ça. Première solution : m'en aller. Pourquoi pas? Hein, monsieur le Chef du Personnel? Je vous suis du regard ... qu'est-ce que vous en pensez? Moi, quelquefois j'en rêve. J'achèterais une maison dans les Alpilles. Avec un petit champ. Tranquille! Je ferais un peu de vigne. Quelques moutons. J'aime les moutons, moi. Personne pour m'emmerder. Pas de comité d'entreprise... juste un conseil de moutons. Ah! ah! Est-ce qu'on nourrit le mouton ce matin? Béé, béé. Est-ce qu'on tond le mouton ce matin? Béé, béé. Est-ce qu'on mange le mouton ce soir? Béé, béé ...J'ai bien assez de pognon pour vivre jusqu'à la fin de mes jours. Et pour bien vivre. Et pour me payer une danseuse si j'en ai envie. Oui, monsieur Grosbois, moi aussi j'aime les petites femmes... Ca arrangerait tout! Qu'est-ce que vous en pensez?
15 - Donc, je m'en vais. Et qu'est-ce qui se passe? Faisons un petit scénario. Pas difficile. Naturellement le comité de direction se met à fonctionner. Il se réunit tous les lundis après-midi et il étudie les problèmes les uns après les autres. Posément. Naturellement aussi le Tyroflex 114 prend une voie de garage. Ça n'a pas d'importance puisqu'il est remplacé par un nouvel appareil qui fait une carrière éblouissante. La productivité augmente: tout le monde est sur le cul! Le Bureau d'Etudes, enfin libre, dépose coup sur coup trois brevets décisifs. Les Japs viennent solliciter une licence. On construit une nouvelle usine. Les syndicats deviennent coopératifs. Le gros Louis entre au comité de direction. L'entreprise est portée par l'enthousiasme populaire. Bref ça baigne. Et même on distribue des actions au personnel.
16 - Tout ça si je pars. Mais je ne vous fais pas l'injure de penser que vous y croyez. En tout cas pas moi! Et que voulez-vous que j'y fasse si moi, j'aime avant tout faire chier les mecs et si j'ai envie de rester pour vous faire baver des chaînes de vélo jusqu'à l'âge de votre retraite? Si vous y arrivez! Donc, comme vous pouvez vous y attendre, seconde solution je reste... Ça va toujours, la communication?
17 - Je reste! Et voilà ce que j'ai décidé. D'abord, j'ai renvoyé monsieur Suavis. Ça lui apprendra. Depuis sept ans qu'il avait attaqué le problème des pièces détachées, elles n'en mourront pas. Et d'un! Deuxio: la Jacqueline. Je la nomme directeur commercial et elle s'installera dans le bureau à côté du mien. Et on verra bien qui c'est qui téléphone aux clients. Tertio: monsieur Jarabon... c'est moi qui prends la fabrication et lui, je le colle aux ordinateurs. On va se marrer! Quarto: pas de comité de direction, non mais! Cinquo: pas d'organigramme: comme ça il n'y a que moi qui sais qui fait quoi et ça peut changer tous les jours. Sexto: si monsieur Grosminou n'avait pas un bon coup de crayon, je l'aurais foutu à la porte... mais maintenant, les Etudes c'est moi. Septo: je relance le Tyroflex 114 avec un nouveau capot: ce sera le Tyroflex 115. Moi, je sais ce qu'ils veulent les clients!
18 - Et de toute façon j'en ai assez de vous donner la becquée. Moi, je ne suis pas ingénieur, je suis tout juste sorti de derrière le cul de mes machines et je sens encore l'huile de coupe. Et pourtant, qui est-ce qui a fondé une entreprise; qui est-ce qui a tout inventé ici; qui est-ce qui s'en est mis plein les poches? Vous, les ingénieurs, vous avez la tête farcie, mais tout ce que vous cherchez c'est un petit coin où venir faire votre ronron... Qu'est-ce que vous attendez pour péter le feu? Je vous paie, bon Dieu: alors, au boulot! Avis à ceux qui se tirent régulièrement à 17 heures 30. Et avis à monsieur Caillevert qui arrive tous les jours avec vingt minutes de retard. Il est sur la mauvaise pente, monsieur Caillevert. Qu'il saute sa grognasse le soir si ça lui prend trop de temps le matin.
19 - Moi, je veux une entreprise qui marche comme un régiment de chasseurs. Bon Dieu! Ce qu'il a pu m'en faire baver, mon adjudant! Et puisque vous voulez tout savoir, dorénavant: pas de gymnastique! Pas de gymnastique égale, dix pour cent de rendement supplémentaire. Chercher des pièces au magasin: pas de gymnastique. De la pointeuse à l'atelier: pas de gymnastique. De l'atelier à la pointeuse: pas de gymnastique. Aller au WC: pas de gymnastique, c'est bon pour la santé. Comité d'entreprise: rassemblement dans la cour, pas de gymnastique. Ça a du bon, l'armée! Et de temps en temps, inspection surprise du colonel. Le colonel, c'est moi. Et puis on salue les contremaîtres: à vos ordres, mon contremaître - oui, mon ingénieur - tout de suite, mon directeur... Comme un régiment de chasseurs! Voilà, je crois que j'ai tout dit. Si quelqu'un veut des précisions, je lui en donnerai: comme par le passé la porte de mon bureau est toujours grande ouverte, Vous m'entendez? Bien reçu? Cinq sur cinq? Eh! la communication, c'est quelque chose. Et si vous en revoulez? ... Chauvet, Gaspard, Lhermine, Leprêtre et Fafournoux, vous me remettrez l'atelier en ordre de fonctionnement. Enregistré? Parfait. Rompez les rangs.